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Dans l’épisode précédent de notre série, nous avons mis en lumière le côté le plus noble et idéaliste d’Uesugi Kenshin : le daimyō qui offrait du sel à son ennemi par sens de la justice, incarnant le principe de « la justice au-delà de la force ».
Mais comme nous l’avions annoncé, l’histoire ne se compose pas uniquement d’idéaux. Kenshin, comme toute figure historique, possédait plusieurs facettes, certaines lumineuses, d’autres plus ambivalentes. Dans ce nouvel épisode, nous revenons sur le “Dragon d’Echigo” pour dévoiler un aspect moins connu et plus humain, à travers les mots acérés et irrévérencieux de l’écrivain Sakaguchi Ango.
Avec son ton tranchant, Ango nous pousse à repenser la notion même d’“honneur”, en suggérant que, derrière le drapeau de la justice, se cache parfois un pur plaisir de faire la guerre. Une vision dérangeante, mais nécessaire, qui nous invite à réfléchir sur Kenshin… et sur tous ceux qui ont fait de la guerre leur raison d’être.
Dans son roman “Un homme de seconde zone”, l’écrivain Sakaguchi Ango (1906 - 1955) critique sévèrement Uesugi Kenshin, le “Tigre d’Echigo” :
“Il clame haut et fort qu’il se bat pour la justice et la loyauté envers l’empereur, mais ce ne sont que des mensonges. En réalité, il aime tout simplement se battre parce que cela lui fait plaisir.”
Il qualifie Kenshin et son disciple Uesugi Kagekatsu de membres de la “faction décadente de la guerre”, ceux qui se servent de la justice comme prétexte pour profiter du combat.
Cette opinion est mal perçue par les admirateurs de Kenshin. Pourtant, il semble que le clan Uesugi ait effectivement eu ce côté, comme en témoigne une anecdote concernant son successeur, Uesugi Kagekatsu.
Lors du siège du château de Shibata Shigeie, un vassal rebelle, un subordonné de Kagekatsu captura des soldats ennemis et rapporta : “Ils essayaient de faire entrer des provisions dans la forteresse.”
Kagekatsu répondit :
“Les tuer serait facile, mais ce serait puéril. Épargnez-les, donnez-leur les provisions et laissez-les rentrer. Écraser un ennemi fort, voilà ce qui est vraiment satisfaisant.”
Comme Kenshin, Kagekatsu semblait prendre un certain plaisir à la guerre.
Cependant, ces soldats, une fois retournés dans leur château, furent soupçonnés d’être des espions par leurs propres compagnons… et exécutés.
Les paroles de Uesugi Kagekatsu, héritier d’Uesugi Kenshin, révèlent une facette moins glorifiée mais profondément sincère de l’esprit samouraï : celle du désir d’affronter un ennemi digne, car seule une telle lutte peut donner un véritable sens à la victoire. Il ne s’agit pas ici de cruauté, mais de fierté, de courage et d’un sens profond de l’honneur.
Une fois de plus, la voix des samouraïs nous rappelle que l’honneur n’est pas un concept figé ou romantique, mais une réalité complexe et exigeante, vécue jour après jour.